EDITORIAL

 

Il n’est pas de théâtre sans langage et sans style, ni d’œuvre dramatique valable qui, à l’exemple de notre théâtre classique et des tragiques grecs, ne mette en jeu le destin de l’humain tout entier dans ce qu’il a de simple et grand.

Albert Camus

Les Amis du Théâtre Populaire de Poitiers ont toujours su être de leur temps sans succomber aux complaisances de la mode. Ils l’ont toujours fait simplement car le besoin de culture est aussi fondamental que celui de se nourrir.

 

La saison 2018/2019 s’est construite autour de l’idée de résistance :  résister à la peur, à la folie des hommes et aux innovations qui défient la morale et détruisent le lien social. Les grands auteurs, leur rire franc ou leur sourire rêveur, les metteurs en scène convaincus de la nécessité d’un théâtre populaire en seront les artisans.

 

La résistible ascension d’Arturo Ui. Au travers de cette « farce historique », commencée en 1934 et terminée en 1941, inspirée tout-à-la fois par Hitler et Al Capone, Bertolt Brecht décortique les ressorts de la peur dans la montée des pouvoirs totalitaires.

 

La guerre des salamandres. Robin Renucci restitue dans une mise en scène débordante de vie, l’humour grinçant et l’atmosphère du roman visionnaire de Karel Čapek écrit en 1935. Cet auteur tchèque nous adresse une charge féroce contre la folie d’un progrès sans conscience où l’homme s’apprête à sacrifier sa planète par cupidité et mégalomanie.

 

Mille francs de récompense. Un Victor Hugo très en verve a écrit cette comédie à suspense et rebondissements. Dans de cet amusement il aborde ses thèmes de prédilection. Il dresse un portrait au vitriol d’une société où l’argent est roi. Il fait d’un miséreux un héros magnifique capable de tirer une famille ruinée des griffes d’un homme d’affaires véreux.

 

Je ne marcherai plus dans les traces de tes pas. Alexandra Badéa est une jeune auteure roumaine d’expression française. Son écriture rapide et nerveuse décortique le monde contemporain avec rigueur et ironie. Ici, au détour d’une histoire où des sociologues universitaires enquêtent en Afrique sur l’impact des programmes humanitaires, elle s’attaque à l’un des ressorts du rapport à l’autorité : la honte.

 

Le Maître et Marguerite. Le roman de Mikhaïl Boulgakov est mythique, l’adaptation théâtrale et la mise en scène d’Igor Mendjisky ont su lui conserver sa vigueur sombre et son foisonnement ludique. Le public est sous le charme. C’est notre coup de cœur de cette saison. Une pièce de laquelle l’on sort heureux.

 
Á très bientôt au Théâtre !

Josette Marteau-Château